Philippe Delaine
« Je me suis dit que j’allais passer à côté de quelque chose si je ne venais pas vivre ici »
Le dimanche matin, à Montcuq, il y a ceux qui flânent au marché et ceux qui déposent leur vélo chez Philippe avant d’aller boire un café. Lui, derrière son comptoir de Quercycles, prend le temps. Toujours. À 68 ans, il dit qu’il travaille « pour s’amuser ». Mais dans sa façon d’écouter, de réparer, de raconter, il y a autre chose : une seconde vie « qu’il n’aurait laissée passer pour rien au monde ».
Un virage à 180°
Dans le Lot, entre douceur de vivre et paysages préservés, certaines trajectoires prennent une tournure inattendue. Celle de Philippe en est une. Né à Dunkerque, il a longtemps sillonné l’Hexagone au rythme d’une carrière dans la prestation de service dans l’industrie pétrochimique. Une vie dense, mobile, jusqu’à la retraite en 2018. Mais le virage s’amorce plus tôt. En 2016, lors de vacances à Lauzerte, avec sa femme Marie, ils découvrent un territoire inconnu. Ils tombent sous le charme du Quercy blanc. « On s’est dit : pourquoi pas acheter une maison secondaire ici ? ».
Guidés à travers la Carte du Lot par un agent immobilier, ils explorent le territoire, passent par Cahors, Figeac, Gourdon, la Vallée du Lot… et s’arrêtent à Montcuq. Le coup de cœur est immédiat. Ils achètent leur maison en 2019. Le confinement de 2020 scelle l’évidence. Ici, quelque chose se joue. « Je me suis dit que j’allais passer à côté de quelque chose si je ne venais pas vivre ici, tout simplement », raconte Philippe, lui-même rattrapé peu après par un grave accident cardiaque.
Alors il accélère. Le projet qu’il gardait pour la retraite prend forme. Le 30 janvier 2021, Quercycles ouvre ses portes. Une boutique de vélos électriques made in France, pensée comme un lieu de passage et de lien. Une affaire de famille, avec Marie et leur fils Hugo qui vient prêter main-forte quand il passe en vacances. Essai avant achat, service à la carte, révision annuelle offerte : ici, on ne vend pas seulement un vélo, on installe une relation.
Des commerçants soudés et une solidarité lotoise
Sur le Chemin de Compostelle, entre Cahors et Moissac, l’initiative comble un vide. Très vite, les profils se mélangent : pèlerins, touristes, habitants, cadres, ouvriers. Certains viennent pour une réparation, d’autres repartent avec un vélo. Tous laissent une trace. « On n’a pas deux journées qui se ressemblent », dit-il.
Mais ce que raconte surtout Philippe, c’est une installation. Une manière de vivre. Dans le Département du Lot, il découvre une qualité de vie qu’il ne soupçonnait pas. Un village qui vit, une association de commerçants soudée, une solidarité concrète. « On a supprimé la montre en arrivant ». Le temps s’étire, sans jamais s’arrêter.
Avec Marie, ils ont trouvé leur équilibre. Entre travail, rencontres et paysages, leur quotidien s’est réinventé. Ils vivent ici, pleinement. Consomment local, s’engagent, créent du lien. « Il y a tout pour faire de belles choses », assure-t-il. Et puis il y a les détails. Les Arques qu’il affectionne, les routes à vélo, les odeurs de lavande l’été. Tout ce qui ne se planifie pas. Dans le Lot, Philippe n’a pas seulement ouvert une boutique. Il a changé de rythme.